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Glossaire nautique : 80 termes marins que tout marin devrait connaître

De affaler à winch, les termes marins indispensables pour comprendre le vocabulaire de la mer, des voiliers et de la navigation côtière.

12 min
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Quiconque a mis les pieds sur un voilier pour la première fois s’est retrouvé largué — pas au sens marin, justement — face au vocabulaire de bord. Le skipper demande de « choquer la drisse de génois », le barreur parle de « lofer » et l’équipier d’en face annonce qu’il « borde au winch ». On se croirait dans un cours de latin.

Ce glossaire reprend les termes qu’un gabier du XIXe siècle aurait jugé élémentaires. Bon, on a retiré les insultes en breton et ajouté quelques mots modernes comme « pilote automatique ». L’idée, c’est de donner à chaque mot une définition courte, un contexte d’usage et — quand c’est utile — un piège à éviter.

Les termes de la structure du bateau

Commençons par ce qui ne bouge pas (en principe).

Bâbord — côté gauche du navire quand on regarde vers l’avant. Le mot vient du néerlandais bakboord (côté du dos, car le barreur se tenait à droite). Moyen mnémotechnique : dans « bâbord », il y a 2 syllabes comme dans « gauche » (4+2, ba-gauche… bon, retenez juste « batterie » : ba-tri = gauche-droite).

Tribord — côté droit. Sur un chalutier de 12 m comme ceux du port de Sète, le feu de tribord est vert, celui de bâbord est rouge. Confondre les deux de nuit, c’est foncer droit sur un autre bateau en croyant qu’il s’éloigne.

Proue — l’avant du navire. On dit aussi « l’étrave » pour désigner la pièce structurelle qui fend l’eau. Sur les voiliers modernes type Bénéteau Océanis 40.1, l’étrave est inversée (inclinée vers l’avant) pour gagner en longueur de flottaison.

Poupe — l’arrière. Le tableau arrière, c’est la surface plate (ou quasi plate) à la poupe. C’est là qu’on fixe le nom du bateau et son port d’attache — obligation légale en France.

Quille — la pièce longitudinale sous la coque, de la proue à la poupe. Sur un dériveur, elle est remplacée par une dérive rétractable. Sur un voilier de croisière, le bulbe de quille (1 200 à 3 500 kg sur un 35 pieds) assure la stabilité.

Bordé — l’ensemble des planches ou panneaux qui forment la coque. En bois, on parle de bordages ; en fibre de verre, de stratifié.

Franc-bord — la hauteur entre la ligne de flottaison et le pont. Un franc-bord faible (30 cm) signifie un cockpit mouillé au moindre clapot. Les semi-rigides de bonne facture gardent généralement un franc-bord de 50 à 70 cm.

💡 Conseil : sur un voilier d’occasion, mesurez le franc-bord à quai et comparez-le à la fiche constructeur — un écart de plus de 5 cm révèle une surcharge ou un problème de flottabilité.

Varangue — pièce transversale au fond de la coque, entre la quille et le bordé. Sur les vieux gréements comme le Belem (1896), les varangues sont en chêne massif.

Hiloire — rebord surélevé autour d’une ouverture de pont (panneau, descente). Empêche l’eau de ruisseler dans le carré. Hauteur classique : 8 à 15 cm.

Le gréement et les voiles

Le gréement, c’est tout ce qui est au-dessus du pont et qui sert à porter les voiles. On distingue le gréement dormant (fixe) et le gréement courant (mobile).

Mât — la ou les pièces verticales qui supportent les voiles. Un sloop a 1 mât, un ketch en a 2 (le plus petit à l’arrière, devant la barre), un yawl aussi mais avec le mât d’artimon derrière la barre. Sur les trois-mâts et goélettes classiques, chaque mât porte son propre jeu de voiles.

Bôme — espar horizontal fixé au mât, sur lequel est bordée la grand-voile. Un empannage non contrôlé (la bôme qui passe violemment d’un bord à l’autre) a tué des équipiers — le hale-bas rigide existe pour ça.

Hauban — câble en inox (diamètre 6 à 10 mm sur un 35 pieds) qui maintient le mât latéralement. On les règle en tension avec des ridoirs. Un hauban mou, c’est un mât qui travaille mal et risque le démâtage.

Étai — câble qui maintient le mât vers l’avant. Le génois ou le foc s’enroule dessus via un enrouleur (type Facnor ou Profurl). L’étai arrière (ou pataras) tire le mât vers la poupe et se règle à la manivelle sur certains voiliers de régate.

Drisse — cordage qui sert à hisser une voile. Drisse de grand-voile, drisse de génois, drisse de spi. Sur un voilier de 10 m, la drisse de GV fait typiquement 30 m en Dyneema 8 mm.

Écoute — cordage qui sert à régler l’angle d’une voile par rapport au vent. L’écoute de génois passe dans un winch ; l’écoute de GV est souvent sur un chariot de barre d’écoute.

Hale-bas — système (palan ou vérin) qui tire la bôme vers le bas pour aplatir la grand-voile et contrôler le vrillage. Le hale-bas rigide de chez Selden (modèle Rodkick, environ 450 €) empêche aussi la bôme de tomber quand on affale.

⚠️ Attention : ne confondez pas « écoute » et « drisse ». Choquer la drisse au lieu de l’écoute fait tomber la voile entière — 15 m² de tissu sur la tête de l’équipage. Ça arrive plus souvent qu’on ne le croit, surtout en école de voile.

Les manœuvres : ce qui fait avancer (ou pas)

Virement de bord — manœuvre pour changer d’amure en passant face au vent. Le bateau perd de la vitesse pendant 3 à 5 secondes sur un 30 pieds. Technique : on « pousse » la barre sous le vent, le foc se dévente, on relâche l’écoute au vent et on borde au nouveau vent.

Empannage — changement d’amure en passant vent arrière. Plus dangereux que le virement car la bôme passe brutalement. Sur un First 27 avec 18 nœuds de vent, la bôme arrive à une vitesse suffisante pour assommer quelqu’un. Toujours prévenir l’équipage.

Lofer — rapprocher le cap du lit du vent (tourner vers le vent). Le contraire, c’est « abattre » (s’éloigner du vent). En régate, on lofe pour passer au-dessus d’un concurrent au près.

Affaler — descendre une voile. On affale la grand-voile en relâchant la drisse, pendant qu’un équipier ramasse le tissu sur la bôme. Faire ça proprement avec des garcettes de ferlage prend 2 minutes à deux.

Border — tirer sur une écoute pour rapprocher la voile de l’axe du bateau. « Borde à fond » = tire l’écoute au maximum. « Choque un peu » = relâche-la de quelques centimètres.

Prendre un ris — réduire la surface de la grand-voile quand le vent forcit. Le premier ris se prend généralement à 15–18 nœuds de vent réel, le deuxième à 22–25 nœuds. Sur un gréement classique, la prise de ris implique de descendre la drisse, crocher le point d’amure de ris, puis re-hisser et border le point d’écoute de ris.

Ceux qui pratiquent la pêche hauturière savent qu’un ris mal pris sur le retour au port, avec 25 nœuds et du clapot, transforme une sortie banale en galère.

Mouiller — jeter l’ancre. Mouiller sur 5 m de fond avec une ancre Delta de 10 kg et 30 m de chaîne de 8 mm, c’est le standard pour un voilier de 32 pieds en Méditerranée. Ratio chaîne/fond recommandé : 5 pour 1 minimum.

Le vent et les allures

Chaque angle entre le bateau et le vent porte un nom. Ce n’est pas de la théorie — c’est ce qui détermine le réglage des voiles.

Près (ou au plus près) — le bateau remonte autant que possible vers le vent, entre 30° et 45° du lit du vent selon le voilier. Un J/80 de régate remonte à 32°, un catamaran de croisière Lagoon 42 peine à faire mieux que 50°.

Bon plein — environ 60° du vent. L’allure la plus confortable en croisière : le bateau est stable, la vitesse est bonne et personne ne vomit.

Travers — vent perpendiculaire au bateau (90°). Allure rapide mais humide si la mer est formée.

Largue — vent entre le travers et l’arrière (environ 120°). Allure de spi par excellence. C’est là qu’un voilier de croisière atteint souvent sa vitesse maximale — un Dufour 470 touche les 9 nœuds au grand largue.

Vent arrière — le vent vient de la poupe (180°). Contre-intuitif : c’est souvent PLUS LENT que le largue, parce que la grand-voile masque le foc. D’où l’intérêt du spi ou du gennaker.

📌 À retenir : la « zone interdite » face au vent (environ 30° de chaque côté du lit du vent) s’appelle le secteur de près. Aucun voilier ne peut y naviguer — il faut tirer des bords en zigzag, ce qui double ou triple la distance à parcourir.

L’accastillage et le petit matériel

L’accastillage, c’est toute la quincaillerie de pont. Les prix varient du simple au quintuple entre du matériel de croisière et du matériel de régate.

Winch — treuil à tambour pour exercer une traction sur un cordage. Manuels (à manivelle) ou électriques (à partir de 1 800 € chez Harken, modèle Radial 40.2). Un winch self-tailing retient le cordage tout seul — ne partez jamais en croisière sans ça.

Taquet — pièce sur laquelle on amarre un cordage. Taquet à corne (la forme classique en T), taquet coinceur (bloque le cordage dans une mâchoire) ou taquet en oreille (pour les amarres). Un taquet à corne en inox 316 de 200 mm coûte 15 à 35 €.

Manille — pièce en U fermée par un axe, pour relier deux éléments (voile/drisse, ancre/chaîne). Manille droite, manille lyre, manille rapide… Toujours surdimensionner : si la charge de travail est de 500 kg, prenez une manille à 1 000 kg de charge de rupture minimum.

Poulie — roue à gorge dans un axe, montée dans un étrier. Les poulies de compétition à billes (type Harken Black Magic) réduisent le frottement de 40 % par rapport à une poulie à bagues. Prix : 25 à 300 € selon la taille et le type.

Safran — la « aile » sous l’eau à l’arrière, qui oriente le bateau quand on tourne la barre. Un safran suspendu (non rattaché à la quille) est plus efficace mais plus vulnérable aux chocs — les pêcheurs qui traînent des lignes longues connaissent le risque de crocher un cordage autour du safran.

Davier — rouleau ou guide à la proue pour le mouillage de l’ancre et de la chaîne. Sur un bateau de 10 m, un davier en inox coûte 80 à 250 €.

Termes de navigation et de météo

Nœud — unité de vitesse : 1 nœud = 1 mille nautique par heure = 1,852 km/h. Pourquoi « nœud » ? Parce qu’au XVIIe siècle, on mesurait la vitesse en comptant les nœuds d’une ligne (espacés de 14,4 m) qui filaient pendant 28 secondes avec un sablier.

Mille nautique — 1 852 m, soit la longueur d’une minute d’arc de latitude. Bien plus pratique que le kilomètre sur une carte marine : 1 cm sur une carte au 1/50 000 = 0,27 mille.

Amure — côté du bateau qui reçoit le vent. « Bâbord amures » = le vent arrive par bâbord. En cas de croisement, le bateau tribord amures est prioritaire — c’est la règle n°10 du RIPAM.

Erre — vitesse résiduelle d’un bateau qui n’est plus propulsé. Un voilier de 8 tonnes garde son erre sur 50 à 100 m après avoir affalé. Utile pour les manœuvres de port ; dangereux si on le sous-estime.

Route fond — la trajectoire réelle du bateau sur le fond marin, dérive et courant inclus. La « route surface » ignore le courant. L’écart entre les deux peut atteindre 2 à 3 nœuds dans le Raz de Sein.

Beaufort — échelle de 0 à 12 qui mesure la force du vent par l’état de la mer. Force 4 (11–16 nœuds) = moutons fréquents, c’est le seuil où on commence à prendre un ris. Force 7 (28–33 nœuds) = mer grosse, on rentre au port sauf nécessité. Les bulletins météo de Météo France pour les zones côtières utilisent systématiquement cette échelle.

Marée — pour ceux qui pratiquent en Atlantique ou en Manche, connaître les coefficients de marée conditionne tout : la profondeur d’eau au mouillage, le courant dans les passes, les horaires de sortie du port. Un coefficient de 110 (vives-eaux exceptionnelles) crée des courants de 5 à 7 nœuds au Fromveur.

La lecture des cartes marines SHOM et la compréhension des courants sont aussi utiles pour les passionnés de pêche en eau douce qui naviguent en lac de barrage, où les variations de niveau peuvent atteindre plusieurs mètres.

Termes de la vie à bord

Carré — la pièce de vie principale sous le pont. Table, banquettes, cuisine (le « coin nav » aussi, quand il existe encore — beaucoup de voiliers modernes l’ont supprimé au profit d’une tablette).

Bannette — couchette à bord. Les bannettes de cockpit (dans les coffres latéraux) servent surtout de rangement, pas de lit. Largeur standard : 60 à 75 cm.

Roof — la partie surélevée du pont qui donne de la hauteur sous barrots au carré. Le roof est percé de hublots et parfois d’un panneau ouvrant pour l’aération.

Baille à mouillage — coffre à l’avant du bateau qui contient la chaîne et l’ancre. Sur un voilier de 10 m, elle stocke 40 à 60 m de chaîne de 8 mm (poids : 80 à 120 kg). Pensez au drainage — une baille qui ne s’écoule pas, c’est 200 litres d’eau de mer qui clapotent la nuit.

Passer la touline — envoyer un bout léger (la touline) à quelqu’un sur le quai pour qu’il tire ensuite l’amarre principale, trop lourde et raide pour être lancée. Technique : lovez la touline en deux paquets dans chaque main, lancez le paquet du dessus. 7 m de portée avec un peu de pratique.

💡 Conseil : en arrivée de port solo, préparez une amarre avec un grand œil (1,5 m de boucle) à l’avant et une à l’arrière. Vous pouvez les lancer sur un taquet de quai sans aide — ça marche dans 80 % des cas avec un peu d’entraînement au Bénéteau First 25.

FAQ

Pourquoi dit-on « cordage » à terre et « bout » à bord ?

Techniquement, un « cordage » est le terme générique pour tout assemblage de fibres tressées ou toronnées. À bord, chaque cordage prend le nom de sa fonction : drisse, écoute, amarre, bosse, hale-bas, balancine… Le seul cordage qu’on appelle « corde » sur un bateau, c’est la corde de la cloche. Cette convention date de la marine à voile du XVIIIe siècle et persiste dans toutes les marines du monde.

Quelle est la différence entre un nœud de chaise et un nœud de cabestan ?

Le nœud de chaise forme une boucle fixe qui ne se serre pas sous la charge — c’est le nœud universel pour amarrer, relier une écoute à une voile ou s’encorder. Il se défait facilement même après avoir supporté 500 kg de traction. Le nœud de cabestan, lui, s’enroule autour d’un poteau ou d’un taquet et se serre sous tension. Il est rapide à faire (2 secondes) mais glisse si la charge relâche puis reprend. En pratique, on utilise le cabestan pour les amarrages temporaires (escale de 10 minutes) et le chaise pour tout le reste.

Faut-il connaître tous ces termes pour passer le permis bateau ?

Le permis côtier (environ 350 € en 2025) n’exige pas de connaître le vocabulaire de voile — il porte sur la navigation moteur, le balisage, la sécurité et le RIPAM. En revanche, si vous passez ensuite au permis hauturier (calculs de marée, navigation astronomique) ou que vous embarquez en équipage sur un voilier, le vocabulaire devient indispensable. Les stages de voile habitable (5 jours, 600 à 900 € avec les Glénans ou le Centre Nautique des Glénans) intègrent tout ce glossaire dans la pratique.

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Questions frequentes

Pourquoi dit-on « cordage » à terre et « bout » à bord ?
Techniquement, un « cordage » est le terme générique pour tout assemblage de fibres tressées ou toronnées. À bord, chaque cordage prend le nom de sa fonction : drisse, écoute, amarre, bosse, hale-bas, balancine… Le seul cordage qu'on appelle « corde » sur un bateau, c'est la corde de la cloche. Cette convention date de la marine à voile du XVIIIe siècle et persiste dans toutes les marines du monde.
Quelle est la différence entre un nœud de chaise et un nœud de cabestan ?
Le nœud de chaise forme une boucle fixe qui ne se serre pas sous la charge — c'est le nœud universel pour amarrer, relier une écoute à une voile ou s'encorder. Il se défait facilement même après avoir supporté 500 kg de traction. Le nœud de cabestan, lui, s'enroule autour d'un poteau ou d'un taquet et se serre sous tension. Il est rapide à faire (2 secondes) mais glisse si la charge relâche puis reprend. En pratique, on utilise le cabestan pour les amarrages temporaires (escale de 10 minutes) et le chaise pour tout le reste.
Faut-il connaître tous ces termes pour passer le permis bateau ?
Le permis côtier (environ 350 € en 2025) n'exige pas de connaître le vocabulaire de voile — il porte sur la navigation moteur, le balisage, la sécurité et le RIPAM. En revanche, si vous passez ensuite au permis hauturier (calculs de marée, navigation astronomique) ou que vous embarquez en équipage sur un voilier, le vocabulaire devient indispensable. Les stages de voile habitable (5 jours, 600 à 900 € avec les Glénans ou le Centre Nautique des Glénans) intègrent tout ce glossaire dans la pratique.
Marseamer

Marseamer

Redacteur passionne. Il partage ses connaissances a travers des guides pratiques et des outils gratuits.

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